Quelques conseils aux guitaristes liturgiques
(issus de ma longue expérience et que je n'applique évidemment jamais)


Ces conseils ne s'appliquent pas aux débutants, qui doivent d'abord débuter avant que l'on ne puisse légitimement les critiquer. Ils ne s'appliquent pas non plus aux guitaristes expérimentés, qui n'ont d'ailleurs pas intérêt à me donner des conseils. C'est surtout vers le niveau de deuxième ou troisième année que ça se passe. Ceci ne s'adresse pas à ceux qui veulent tout savoir faire tout de suite : il n'existe aucun métier que l'on puisse maîtriser sans travail. Ceci ne s'adresse pas spécialement aux enfants. C'est généralement les adultes qui se rendent le moins compte de leurs difficultés.


Ces conseils visent à corriger les erreurs que je rencontre le plus fréquemment chez les bénévoles liturgiques. Bon, je dis ça, mais vous en faites ce que vous voulez, hein ?


Première partie : l'accompagnement rythmique


Apprendre à utiliser sa main droite


La majorité des guitaristes que je vois dans les églises faire dzing-dzing avec une flûtiste qui fait youkaidi a le même problème : une tendance à imaginer que l'on crée du rythme en faisant un bruit continu par un balayage constant et régulier de la main droite. C'est une grave erreur. Cela fait juste du bruit. Et plus l'on tape fort, moins c'est rythmé.


Pour donner du rythme, il ne faut pas faire un son continu comme une orgue, mais des coups nets comme une batterie. Je vous conseille pour commencer de ne faire que des noires ou que des croches et d'arrêter vos accords avant de passer au suivant.


Apprendre à synchroniser ses deux mains


Il est indispensable que chaque accord respecte une durée, donc qu'il soit arrêté à un moment donné. Il existe pour cela deux méthodes. La première consiste à toucher les cordes de la main droite. Ceci suppose qu'elle ait le temps, donc que l'on joue doucement. Cela ne marche plus dès que l'on accélère. La seconde consiste à lever un peu les doigts de la main gauche pour bloquer les cordes. C'est la méthode usuelle, mais elle ne fonctionne pas avec des cordes « à vide » (sans doigt dessus) qui sont donc très fortement déconseillées dans l'accompagnement.


Adoptez les premières années le principe suivant : on ne joue pas de cordes « à vide » pour la rythmique, et entraînez-vous à débuter les accords avec la main droite et les terminer avec la main gauche.


Apprendre à n'utiliser qu'une partie des cordes


Personne n'a dit qu'il fallait toujours utiliser 6 cordes à la fois. C'est même très rarement le cas. Entraînez-vous donc à ne frapper que celles qui sont utiles. Cela vous empêchera aussi de balayer de la main droite comme un bourrin.


Par exemple, une technique classique est celle des « power chords », consistant à ne jouer qu'une quinte sur deux cordes voisines. Entraînez-vous à frapper simultanément un nombre arbitraire de cordes.


Apprendre à utiliser l'ensemble du manche


Beaucoup de guitaristes n'utilisent qu'une seule position de la main gauche, et l'on peut se demander à quoi sert le reste du manche. La réponse est pourtant simple : ça sert à jouer plus aigu pour faire un son différent, et varier les sons permet de faire plus joli. C'est pour cela qu'il y a plusieurs octaves sur un piano.


Il doit exister une bonne centaine de manières de jouer chaque accord. Dans chaque position de main, chaque accord est jouable d'une manière ou d'une autre. Entraînez-vous à jouer chaque accord dans plusieurs positions de main d'un bout à l'autre du manche. C'est un domaine dans lequel on peut progresser toute sa vie.


Voici par exemple des Do majeurs dans diverses positions de la main gauche:


(x 3 2 0 1 0)

(x 7 5 5 5 x)

(8 10 10 9 8 8)

(x 15 14 0 13 15)


Ne jamais transposer avec un capodastre


Le capodastre sert à bloquer une position de main aiguë afin de changer la sonorité de l'instrument. Cela ne sert pas du tout à transposer. Ce serait une grave erreur. Tout d'abord, cela vous empêcherait de jouer dans toutes les gammes, ce qui vous bloquera fatalement un jour. Ensuite, cela vous poussera à abuser des cordes à vide, dont j'ai déjà mentionné la nocivité.


Les premières années, évitez scrupuleusement cet appareil diabolique, et payez-vous les Ebm et D#5b7 jusqu'à les maîtriser. Sinon, cela ne sert à rien de commencer à jouer, vous ne finirez jamais.


Jouer avec d'autres guitares


Je vois souvent la flûtiste qui fait youkaïda accompagnée par deux guitaristes qui jouent exactement la même chose. C'est moche. En général, ils n'arrivent pas à se synchroniser précisément, parce qu'ils ne sont pas assez précis et qu'ils frappent comme des bourrins. Cela renforce encore l'impression individuelle de bruit désordonné. Pour avoir une chance de s'en sortir avec deux guitaristes inexpérimentés, il est indispensable qu'ils jouent des rythmes différents, dont au moins l'un est lent ou très lent, par exemple des rondes ou des blanches.


Jouer en orchestre


Il est indispensable de jouer avec d'autres gens pour savoir accompagner. D'abord, « accompagner », cela veut dire « jouer avec quelqu'un d'autre ».


Ensuite, on ne remarque jamais que l'on n'est pas dans le rythme, même avec un métronome, même avec un enregistrement. Par contre, on le remarque beaucoup mieux quand le voisin explose : « mais où est-ce que tu en es espèce de p... de b... ? ».


Ensuite accompagner quelqu'un implique d'accompagner aussi ses erreurs. Il faut donc non seulement être capable de tenir son propre rythme, mais également de le sacrifier rapidement en cas de besoin. C'est surprenant le nombre de chanteuses d'église qui chantent cinq temps et demi dans une mesure à trois temps. Si vous vous accrochez à votre vérité, vous aggravez alors la situation.


Cela vient du fait que la musique d'église traditionnelle est peu rythmique et bourrée de points d'orgues. Les chanteuses ont l'impression d'être plus expressives en laissant traîner. Le problème est que la plus grande partie de la musique liturgique actuelle a été écrite par des auteurs de variété des années 1960 à 1980, qui étaient eux familiers du tam-tam.


Deuxième partie : chant et contrechant

Utiliser toute sa main gauche


Je vois pas mal de gens qui n'utilisent curieusement que trois doigts de la main gauche. Pour ceux qui n'en ont pas plus, c'est normal, mais les autres se privent d'une possibilité. Surtout quand ils omettent l'auriculaire qui est le doigt ayant la plus grande allonge.


S'entraîner sans distorsion


Quand on travaille sa technique, on n'utilise pas de distorsions ni de pédales d'effets, qui noient les défauts. La seule chose que l'on peut travailler avec un effet, c'est l'utilisation de cet effet, et c'est une activité en soi. Il ne faut pas confondre les deux.


Vous pouvez beaucoup rire en coupant la distorsion d'un métallo perdu dans ses sweeps et en le voyant réaliser que l'on n'entend distinctement que la première et la dernière note.


Connaître les techniques


Tout instrument a ses techniques particulières d'ornementation du chant. La guitare en a une petite centaine. Les principales sont les suivantes :


La première est que, si une note dure, le doigt de la main gauche doit légèrement frémir afin que la note vibre. C'est cela qui différencie le son d'un violon du miaulement d'un chat.


Au début, concentrez-vous sur les gammes et les techniques de chant. Vous pouvez laisser pour plus tard les bottlenecks et slides, les pédales et effets, les open tunings, ...


Connaître les gammes


Pas de miracle, hein ? Il faut pratiquer toutes les gammes dans toutes les positions de main le long du manche. Et pas seulement les gammes majeures naturelles, mais les mineures et toutes les gammes modales, mixo-frigido-libanaises et autres.


Ne pas doublonner


Je vois souvent des accompagnateurs jouer les partitions écrites pour les chanteurs. Pas que des guitaristes, tous les instrumentistes. En général, cela n'apporte presque rien. Si vous voulez enrichir les chants avec des mélodies de guitare, faites exactement le contraire : ne jouez que quand les chanteurs se taisent. D'abord, on vous entendra. Si vous voulez vraiment jouer en même temps que les chanteurs, faites autre chose qu'eux, des rythmes différents, des temps différents, très aigu ou très grave, n'importe quoi qui donne un sens à votre profonde individualité en harmonie avec le cosmos.